STÉPHANE PROVENCHER: Pousser la machine

« Tout le monde a son mot à dire ici, c’est ce qui fait la force de notre entreprise »,

lance Stéphane Provencher, vice-président aux opérations de Prinoth, dans le parc industriel de Granby. Et bien que ce soit lui « le patron »,

il est tout à fait sérieux dans son affirmation. Adepte de la gestion participative, M. Provencher en est à la fois le produit et le plus fervent apôtre au sein de l’entreprise à laquelle il s’est joint depuis plus de 20 ans à titre de simple magasinier.

« Nous avons des gens compétents et expérimentés ici, poursuit-il. Et ça toujours été comme ça. Dès mon arrivée ici, on m’a entraîné, bien entendu, mais on m’a aussi demandé mon opinion; ce n’était pas partout comme ça, il y a 20 ans! »

Le magasinier est éventuellement devenu superviseur, puis chef de service et directeur des opérations, avant d’occuper son poste actuel de vice-président. Un parcours fulgurant qu’il explique par deux qualités principales : son goût du défi et son absence de compétences spécifiques.

« Si j’avais été un excellent technicien, on aurait voulu me garder dans des fonctions techniques le plus longtemps possible, explique-t-il. Mais j’ai toujours été curieux, avide d’apprendre et on m’a reconnu une certaine capacité à relever les défis qu’on me lançait et à repousser mes propres limites. De fil en aiguille, je me suis retrouvé là où je suis par la force des choses, en me laissant guider par mon instinct et par la confiance qu’on mettait en moi et que je m’efforce toujours d’honorer. »

L’entreprise est née de la réorganisation de Bombardier, au début des années 2000 et s’est recentrée sur les véhicules utilitaires industriels et alpins. Prinoth est entrée dans le portrait progressivement, reprenant d’abord la division « damage » en 2005, puis la division « utilitaire » en 2009.

« C’est assez spécial d’avoir été repris par Prinoth, raconte M. Provencher. Le fondateur, Ernst Prinoth, est un peu le pendant italien de Joseph-Armand Bombardier. Il a inventé des véhicules pour faire face aux conditions hivernales dans son coin de pays montagneux (le Tyrol du Sud), un peu comme M. Bombardier l’avait fait, 15 ans plus tôt, dans notre coin de pays enneigé. »

Une belle coïncidence qui a permis d’atténuer le « choc » culturel qu’aurait pu être cette acquisition de l’entreprise granbyenne.

« Au contraire, ça s’est passé de façon très respectueuse, précise le vice-président aux opérations. Évidemment, il a fallu faire des ajustements et intégrer des façons de faire un peu différentes, mais les gens de Prinoth étaient aussi très curieux de voir comment nous faisions les choses ici. On peut dire qu’il y a eu une fusion de nos méthodes respectives plutôt qu’une imposition d’un style sur l’autre. »

Et c’est cette ouverture, ce désir de collaboration et ce respect des expertises de l’un et de l’autre qui font de l’usine de Granby le quartier général des opérations de Prinoth en Amérique du Nord et également le centre névralgique mondial des véhicules utilitaires pour l’entreprise.

« Nos gens sont compétents, ajoute le gestionnaire. Et ils sont flexibles. Nous aimons les mettre au défi continuellement et les ébranler un peu dans leurs convictions. Par exemple, nous en sommes à mettre en place des tables communes de travail inter-départementales pour travailler sur un prototype de véhicule que nous pourrons produire plus rapidement, dans de meilleurs délais et avec encore plus de qualité qu’en ce moment. C’est vraiment un projet excitant! »

Un défi à la hauteur d’une équipe tissée serrée, où règne un esprit de famille bon enfant. C’est d’ailleurs sûrement ce qui explique la longévité de la grande majorité des employés de l’entreprise, qui oscille autour de la quinzaine d’année.

« Ici, on respecte les gens et on essaie de les accommoder, précise M. Provencher. On a toujours eu des grandes ambitions, mais on n’a jamais oublié qu’on travaille avec des êtres humains. »

Les quelques 200 employés de Prinoth vous le confirmeront : leurs conditions de travail sont excellentes, parmi les meilleures de l’industrie. Les gens se sentent écoutés. Un bel esprit de collaboration transpire des murs de cette usine. Alors, quand des périodes plus dures et plus instables se produisent — ce qui est presque inévitable dans cette économie — les gens se serrent les coudes et, s’ils doivent être mis au chômage pour quelque temps, c’est toujours de manière respectueuse et avec le désir de revenir dès que possible.
Un des employés de l’entreprise nous a même confié :

« Tant qu’à donner sa vie à son travail, autant le faire pour des gens qui savent te reconnaître et t’apprécier. »

Le leader mondial des véhicules utilitaires sur chenille est installé à Granby et fait tout en son pouvoir pour conserver sa première place. Pour ça, il sait qu’il peut compter sur le travail et l’expertise de gens d’ici. Une belle réussite.

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